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20 ans d’amour ?
Mise à jour le jeudi 30 novembre 2006
La chapelle N.D.A. soulignait le 5 novembre dernier ses 20 années de présence au coeur du campus de l’Université de Moncton. Mgr Valéry Vienneau était l’invité d’honneur pour l’occasion.
En août 2003, Mgr Vienneau était l’un des quatre évêques du Nouveau-Brunswick à acheter de l’espace publicitaire (bien que les institutions religieuses soient exemptées de payer des impôts au Canada) dans les journaux à travers la province. Cet espace publicitaire servit à exprimer son « accord complet » à l’égard de la position du président de la Conférence catholique des évêques du Canada, Mgr Jacques Berthelet. Dans une lettre adressée au Premier ministre Jean Chrétien en juin 2003, Mgr Berthelet écrivait : « (…) La perspective d’un projet de loi que vous vous préparez à déposer… viendrait à dévaloriser le mariage traditionnel comme fondement de la famille et institution essentielle à la stabilité et à l’équilibre de la société (…) L’altération de la définition du mariage pour y inclure les conjoints de même sexe s’avère être discriminatoire par rapport au mariage hétérosexuel et à la famille (…) Monsieur le Premier ministre, je souhaite vivement que n’apparaisse pas dans l’héritage que vous laisserez, une législation qui serait une atteinte au bon sens, aux valeurs qui constituent les sociétés évoluées sans être amorales, aux libertés des hommes et des femmes de bonne volonté. »
Par ailleurs, le pape Benoît XVI n’est également pas avare dans sa condamnation des minorités sexuelles. À travers ses écrits et ses propos, il décrit l’homosexualité comme « un mal moral », « un mal intrinsèque », « un désordre objectif », « un comportement déviant », « une condition », « une option moralement inacceptable », et j’en passe. Selon lui, en réclamant publiquement la reconnaissance de leurs droits et de leur dignité, les gais et lesbiennes seraient responsables des actes de violence dont ils et elles sont victimes (« Ni l’Église ni la société ne devraient être étonnées quand les réactions irrationnelles et violentes augmentent. »).
C’est le même qui condamne le port du condom (cette forme de contraception serait à ses yeux « une facilitation du Mal »), et ce malgré l’épidémie du sida qui a tué, l’année dernière, bien au-delà de 2 millions d’Africains et Africaines. Il y aurait plus de 25 millions d’êtres humains, environ 2 millions étant âgés de moins de 15 ans, présentement infectés par le VIH dans ce continent. (Songez à cette crise humanitaire en y juxtaposant la position du pape quand vous défilerez devant la banderole « 20 ans d’amour ».)
En mai 2006, le pape attribuait la diminution du taux de natalité au Canada aux « effets envahissants du sécularisme ». Quatre mois plus tard, il s’attaquait cette fois aux dirigeants politiques canadiens, disant qu’ils avaient «sacrifié les principes de l'éthique naturelle à des tendances sociales éphémères. » Le député fédéral de Beauséjour, l’Hon. Dominic LeBlanc, avait dû à cette occasion rappeler au pape des concepts de la laïcité étatique et de la séparation nette entre l’état et la religion au Canada (« Liberal MP Shoots Back at Catholic Church », 9 septembre 2006, Telegraph Journal). De son côté, l’Université de Moncton se veut-elle véritablement laïque ? En finançant (oui, avec nos frais de scolarité) la présence de la chapelle catholique sur son campus, n’y a-t-il pas là un argument à faire quant à la souscription implicite de l’Université au dogme homophobe et dangereux encore aujourd’hui prôné par cette religion ? Quoiqu’il en soit, je me réjouis de savoir que je suis bien loin d’être le seul de la communauté universitaire à se souscrire à une vision bien plus large de l’amour de son prochain. Une chance.
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