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Jacques Tanguay récipiendaire 2007 de l’Ordre du mérite des diplômés et diplômées de l’Université de Moncton
Mise à jour le jeudi 20 décembre 2007
Par: Le Bulletin de l'AAAUM

« Petite université. Beaucoup d’appartenance. Le facteur le plus important que j’ai trouvé à l’Université de Moncton, c’est l’appartenance des étudiants envers leur université. »

L’Université de Moncton a accueilli, au fil des années, des étudiantes et étudiants d’un peu partout au Canada et notamment du Québec. Certes elle s’enorgueillit de leur réussite, mais elle se réjouit tout particulièrement des liens privilégiés que certains d’entre eux continuent d’entretenir avec elle malgré les réussites et contraintes professionnelles qu’ils connaissent. C’est le cas de Jacques Tanguay dont le nom – dans tout ce qu’il entreprend – semble associé au mot succès. Jacques Tanguay ne s’est pas contenté d’être le fils de... il a fait ses preuves. Et s’il est un modèle de réussite, il est aussi un modèle de travail acharné et de générosité. Après avoir obtenu un BAA de l’Université de Moncton en 1982, M. Tanguay a pris les rênes de l’entreprise de meubles familiale en 1997. Il est très impliqué, tant dans le monde des affaires – il est notamment vice-président et directeur d’Ameublements Tanguay, directeur de BMTC inc. et propriétaire de plusieurs entreprises de la région de Québec (Agence de voyage, terrain de golf et projets immobiliers) – que dans celui du sport, puisqu’il est à la fois copropriétaire des Remparts de Québec et gestionnaire du programme de football le Rouge et Or de l’Université Laval. En dépit de toutes ses activités, Jacques Tanguay consacre beaucoup de temps à la communauté et, en particulier, à plusieurs groupes dont La Fondation Maurice Tanguay et La Fondation Cardinal-Villeneuve (aide aux enfants handicapés). Il apporte aussi son concours aux Œuvres Jean Lafrance inc., un organisme qui vient en aide aux jeunes en difficulté. Généreux donateur à la Campagne excellence de l’Université de Moncton , il siège au CA de Les Amis de l’Université de Moncton . Pour son rayonnement dans le monde des affaires et pour son implication communautaire, il fait honneur à son alma mater . C’est pourquoi l’AAAUM lui a rendu hommage le 20 octobre dernier, dans le cadre de son banquet annuel à l’hôtel Delta Beauséjour de Moncton, en lui décernant l’Ordre du mérite des diplômés et diplômées de l’Université de Moncton. Jacques Tanguay est le premier Québécois à recevoir cette distinction.

 LE BULLETIN : Monsieur Tanguay, que représente pour vous cet honneur que vous a rendu votre alma mater?

JACQUES TANGUAY : C’est toujours une très très grande fierté d’être reconnu et fêté également par une institution quelle qu’elle soit, où une personne comme moi a eu la chance de passer quelques années. Je viens du Québec, j’ai adoré mon séjour à Moncton.

Je suis arrivé à Moncton très jeune : j’avais 17 ans. À cette époque-là, je participais au camp d’entraînement des Remparts de Québec quand j’ai été invité à joindre les rangs des Aigles Bleus de l’Université de Moncton. Je venais de terminer mes études secondaires dans la région de Québec et j’ai été admis immédiatement à l’université, ce qui a été une surprise pour moi puisqu’au Québec, il fallait passer par le CEGEP. J’ai donc accepté l’invitation avec joie et c’est ainsi que je suis entré à l’Université et j’ai eu beaucoup de plaisir et de succès. Et je pourrais ajouter que ces circonstances ont fait que j’ai effectué des études universitaires, ce que je n’aurais peut-être jamais fait si j’avais continué uniquement à jouer au hockey. Mon séjour à l’Université de Moncton m’a permis de découvrir de nouvelles passions et d’acquérir un bagage qui m’a permis de les exploiter par la suite.

L.B. : Le nom de famille Tanguay est souvent associé à Ameublements Tanguay, l’entreprise familiale que votre père a fondée et dont vous êtes actuellement vice-président et directeur. Depuis que vous êtes à la tête de cette entreprise familiale, avez-vous connu des réalisations dont vous êtes particulièrement fier?

J.T. : L’entreprise a été fondée sur des bases excessivement solides, sur une très bonne notoriété et je suis entré dans le commerce en 1983, un petit peu par accident. J’étais vérificateur dans une firme qui s’appelait à l’époque Clarkson-Gordon. Après mes études, je suis entré en vérification puis dans le commerce familial en 1983 suite à un petit incident que mon père a eu. Après une opération à la rétine, la rééducation a été longue et j’ai quitté Clarkson à cette époque-là pour lui donner un coup de main dans le commerce, sans savoir si je continuerais par la suite. Et finalement, je suis resté dans l’entreprise familiale. J’ai pris les rênes de l’entreprise en 1997, à l’époque où l’entreprise au Québec dans le commerce de détail avait un chiffre d’affaires de 50 millions de dollars et comptait environ 300 employés. Aujourd’hui, l’entreprise fait au-dessus de 325 millions de chiffre d’affaires et emploie 1 200 personnes. Maintenant, j’ai eu l’occasion d’avoir une éducation familiale impeccable, dans laquelle mon père m’a très bien encadré dans mes passions et lorsque j’ai eu un petit peu plus le temps de m’adonner à certains loisirs, ces loisirs sont retombés dans mes passions à l’époque et j’ai commencé à m’intéresser à l’acquisition de clubs sportifs de hockey ou de football, comme le Rouge et Or , pour pouvoir y mettre des heures de loisirs afin de continuer à m’amuser. J’avais peut-être passé l’âge de pratiquer avec passion ces sports-là, ce qui fait que j’ai trouvé l’occasion de démarrer des équipes et pour toutes sortes de raisons, dont la raison d’amener à la population de la région de Québec des activités sportives de haut niveau, accessibles à tout le monde. C’est la raison pour laquelle j’ai démarré le Rouge et Or de l’Université Laval, avec lequel on connaît un bon succès depuis 1994. Et Les Remparts de Québec . Avant, bien entendu, j’ai aidé mon père dans les années 1995 à construire ce qui est connu aujourd’hui sous le nom de L’Océanique de Rimouski , un club de hockey dont il est encore propriétaire et qui fait la fierté de tout le bas du Fleuve.

L.B. : Votre passion pour le hockey est un legs que votre père, Maurice Tanguay, vous a transmis au cours de votre jeunesse. Une passion que vous avez décidé de partager avec les citoyens et citoyennes de la ville de Québec lorsque vous avez relancé, avec vos collègues, Michel Cadrin et Patrick Roy, les Remparts de Québec en 1997. Qu’est-ce que ça a apporté à la communauté cette initiative?

J.T. : Quand mon père était jeune, il était passionné par le hockey. Par la suite, dans les années 1955, après ses études, quand il est tombé dans le commerce, il a commencé par le domaine de l’automobile avant de se lancer dans le meuble en 1961. Or, le commerce à l’époque était différent d’aujourd’hui : l’informatique n’existait pas; les méthodes de gestion étaient très différentes, ce qui fait que les entrepreneurs, on les voyait souvent travailler 18 heures ou 20 heures par jour. Lorsque le jour est venu où mon père a eu un petit peu plus de temps, on lui a donné un coup de main pour démarrer, comme je l’ai indiqué plus tôt, l’équipe de hockey L’Océanique de Rimouski . Et en même temps, j’ai décidé de lancer à Québec une équipe de football qui a été suivie d’une équipe de hockey, laquelle existe depuis dix ans : Les Remparts de Québec .

Le hockey est surtout un legs de ma jeunesse où j’ai eu l’occasion de pratiquer des sports et d’avoir du plaisir à les pratiquer. C’est sans doute ce qui m’a donné le goût d’opérer ces clubs sportifs-là.

Aujourd’hui, on sait que le hockey fait partie de la culture des Canadiens. C’est notre sport national. Mais pendant des années,

le hockey professionnel s’est éloigné de son public et on a vu, même dans une ville comme Québec, le hockey traditionnel disparaître à cause des coûts d’opération, à cause des coûts d’accès également pour le public, et c’est rendu un sport malheureusement au niveau professionnel qui est accessible à une petite portion de la population à cause des frais d’admission. Cela fait que lorsqu’on a ramené du hockey junior à Québec, le but de l’exercice était bien de rendre cela admissible à tout le monde, quel que soit leur niveau de vie et c’est l’objectif qu’on s’est donné. Le hockey junior à Québec est devenu pratiquement une religion : une moyenne d’assistance de 12 000 personnes par match. C’est un produit accessible à tout le monde. C’est unique au Canada.

J’ai également commencé le club de football, le Rouge et Or , à l’époque, et on joue avec une moyenne d’assistance de 18 000 personnes par match, ce qui est aussi unique au Canada pour un club de football universitaire, mais par contre, c’est un produit accessible à tout le monde.

L.B. : Vous faites preuve d’une grande ouverture d’esprit envers les francophones de partout au pays dans la mise en œuvre de vos projets. On pense entre autres à votre souci de donner une chance à tous les francophones qui se distinguaient ailleurs au pays de jouer du football universitaire au Québec lorsque vous avez fondé l’équipe de football le Rouge et Or de l’Université Laval. Qu’est-ce qui a été le moteur de tout cela?

J.T. : À l’époque, l’Université de Moncton a certainement joué un grand rôle pour moi dans la fondation du club de football de l’Université Laval. Lorsque je suis arrivé à Moncton, j’étais un jeune homme de 17 ans passionné de hockey. Je me suis aperçu que le club universitaire était fort mais que la moyenne d’âge était quand même élevée. J’ai commencé par jouer avec le Junior A, les Beavers , à Moncton. Cela m’a laissé le temps de me passionner un peu pour les études et j’ai adoré mon séjour à Moncton. Pourquoi? Petite université; beaucoup d’appartenance. Le facteur le plus important que j’ai trouvé à l’Université de Moncton c’est l’appartenance des étudiants envers leur université. Surtout le milieu de vie à Moncton. Bon nombre d’étudiants viennent de l’extérieur de la ville de Moncton : d’Edmundston, de Caraquet, de Tracadie, de partout au Nouveau-Brunswick et du Québec également, et j’ai côtoyé un groupe d’hommes et de femmes qui vivaient probablement leur première expérience à l’extérieur de chez eux. Ces personnes vivaient sur le campus; on se connaissait tous; on devenait tous des amis. Il y avait vraiment une belle ambiance. Quand j’ai fini à l’Université de Moncton, je suis entré à l’Université Laval pour faire ma licence en comptabilité, pour finir mon cours en comptabilité pour passer mes examens du C.A. et j’ai trouvé là une ambiance tout à fait différente : une ambiance froide, une compétition très forte entre les étudiants et puis un manque de plaisir à vivre sur le campus. Cela veut dire que même si je venais de Québec, je rentrais pour mes cours puis je sortais très rapidement du campus après. Je n’ai eu aucun plaisir, en dehors de mes études comme telles; je n’ai eu aucune vie sociale sur le campus universitaire à l’époque où j’étais à l’Université Laval. Et quand j’ai décidé de lancer le club de football, une des raisons à cette époque-là était de trouver une locomotive qui pourrait créer un sentiment d’appartenance des étudiants envers leur université et d’essayer de créer un esprit de corps à l’intérieur du campus universitaire. La deuxième raison, c’était de créer un débouché pour les étudiants francophones qui voulaient continuer leur carrière au niveau du football. Le seul débouché qui existait à l’époque, c’était le Rouge et Or lorsqu’on l’a démarré. Un joueur francophone de n’importe où au pays devait absolument étudier dans une université anglophone mais il n’y avait aucune université francophone et l’on a permis un débouché aux joueurs francophones. On a réussi à rassembler les meilleurs athlètes francophones dans un même programme et les succès sont venus très rapidement.

L.B. : Le CA des Amis de l’Université de Moncton , auquel vous siégez, vise à donner des bourses à des Québécoises et des Québécois qui viennent étudier à l’Université de Moncton. Croyez-vous qu’une telle initiative peut faire une différence en termes de recrutement au Québec?

J.T. : Oui, définitivement. Une des embûches au Canada par rapport aux universités américaines, au niveau du recrutement, c’est justement les bourses d’études. Si on prend juste l’exemple au niveau sportif, nos bourses d’études sont très limitées au Canada : c’est vraiment un handicap pour les universités au niveau du recrutement, parce que, pour attirer des étudiants de l’extérieur, il faut penser que par rapport à un étudiant local, les frais de subsistance sont assez importants : appartement ou résidence, nourriture, etc. On peut toujours calculer un 10 000 à 12 000 dollars de plus pour un étudiant qui vient de l’extérieur de la ville où il étudie. Par conséquent, ce programme de bourses, même s’il peut être amplifié, va aider énormément au niveau du recrutement. Pourquoi? Parce que tout d’abord l’Université de Moncton est une université très réputée; c’est une université qui offre une gamme de programmes qui parfois ne se retrouvent pas ailleurs, et pour un étudiant québécois qui vient y étudier, il y a un atout majeur qu’il faut exploiter, c’est le bilinguisme. Même si c’est une université francophone, un étudiant qui veut se tremper dans le milieu anglophone à Moncton peut très bien, durant son séjour dans cette ville, en profiter pour perfectionner son anglais tout en étudiant en français. C’est un grand atout. Aujourd’hui, les jeunes n’ont pas le choix, les jeunes Québécois n’ont pas le choix de parler les deux langues. Moi j’ai souffert de cela. J’ai trois garçons et je me suis assuré qu’ils règlent leur problème de langue très jeunes. J’ai justement la fierté de voir un de mes fils finir ses études à l’Université de Moncton!

L.B. : Pourquoi votre fils a-t-il choisi votre alma mater?

J.T. : Le même accident que moi! C’est une coïncidence à 100 %. Mon fils, Charles, a fait ses études secondaires au collège Notre-Dame en Saskatchewan où il pratiquait le hockey et le football, et à l’âge de 15 ans, il a été recruté dans la ligue de hockey Junior-majeur par les Wild Cats de Moncton. Il a évolué deux ans avec les Wild Cats et à l’âge de 18 ans, il a fait le choix de terminer son hockey Junior pour consacrer ses énergies à ses études. Il a fait un excellent choix puisqu’il va finir d’ici deux ans ses études du Bac à l’Université de Moncton.

L.B. : Mis à part les sports et les meubles, qui est Jacques Tanguay? Un excellent père de famille qui prêche par l’exemple?

J.T. : On essaie toujours, comme parents, de donner le meilleur encadrement mais je ne suis pas le style à dicter à mes enfants leur avenir. On est en 2007 et j’espère qu’ils trouveront chacun leur voie. Aujourd’hui, le monde est beaucoup plus ouvert aux jeunes qu’il ne l’était par le passé. Premièrement, ils sont beaucoup plus braves que nous; ils sont plus fonceurs qu’on pouvait l’être, ils n’ont plus de frontières, ils n’ont plus de limites, ils n’ont plus de limites dans les langues non plus, ce que je trouve extraordinaire. Et j’espère que mes trois fils : Charles, Olivier et Alexandre vont avoir la possibilité de suivre chacun leur voie, celle qu’ils trouveront la plus intéressante pour eux. Comme parents, mon épouse et moi essayons de leur donner le meilleur encadrement possible mais si l’on prend l’exemple de Charles qui a quitté la maison à 14 ans, il a pris de la maturité très rapidement. Cela fait que je le laisse beaucoup aller dans ses choix. On ne discute pas ensemble - ni avec les autres enfants - de plan de carrière. J’espère qu’ils vont les tracer eux-mêmes.

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