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Je suis un Acadien
Mise à jour le mardi 24 juin 2008
En décembre 1999, j’ai accepté une offre d’emploi à Montréal. J’ai officiellement déménagé au Québec le 1er février 2000 et je suis ici depuis cette date. C’est au Québec que j’ai fêté mes trente ans. C’est ici que j’ai acheté ma première maison. Mon fils est né au Québec. Malgré tout ça, je ne me considère pas comme un Québécois.
Aujourd’hui le Québec célèbre sa fête nationale et, comme pour chacune des huit dernières années, je ne participerai pas aux célébrations. Je ferai peut-être tourner mes disques de Beau Dommage, de Robert Charlebois et de Plume Latraverse, mais à part ça, rien. Il n’y a pas une trace du drapeau fleurdelisé dans notre maison. À vrai dire, mon fils ne reconnaît pas du tout le drapeau du Québec. Pour lui, c’est le symbole de Passe-Partout. Comme c’était le ministère de l’Éducation qui produisait les émissions, le drapeau passe à l’écran au début de chaque épisode.
Je ne veux pas, à l’instar des réactions au rapport Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, donner l’impression que la société québécoise n’est pas chaleureuse ou accueillante. Tout au contraire, j’adore bien vivre au Québec et nous nous sommes fait de bons amis ici. Si je m’identifie toujours comme un Acadien et non un Québécois, c’est bien à cause de moi et pas les autres.
Chaque année, quand les Québécois s’apprêtent à fêter la Saint-Jean-Baptiste, je me sens un peu coupable de ne pas emboîter le pas. Je suis, après tout, un fier francophone. Je ne suis peut-être pas « de souche » au sens Parizeau du terme, mais ma généalogie est tout aussi française que celle des autres Tremblay. Je pourrais facilement participer à la fête, mais je ne le fais pas.
Si je mettais le pied sur les plaines d’Abraham un 24 juin lors d’une prestation de Loco Locass, je me sentirais comme un véritable intrus. Même si les fêtards m’accueilleraient à bras ouvert, j’aurais toujours l’impression que cette fête n’est pas pour moi. Encore une fois c’est à cause de moi et non d’eux.
Je ne suis pas en mesure de bien comprendre ce qui m’empêche de me sentir comme un Québécois. Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Par conséquent, je peux difficilement l’expliquer aux autres. C’est un peu comme les organes greffées qui rejettent le corps hôte.
En lisant La Presse d’hier, j’ai eu un rappel du fait que je ne me sens pas comme un Québécois. En guise de préparation à la grande fête, Jean-Christophe Laurence présente aux lecteurs un palmarès des « dix meilleures tounes sur la Belle Province ». Un bel exercice qui, malheureusement, me passe cent pieds par dessus la tête.
Sur les dix chansons, j’en connais seulement deux. Je ne veux pas simplement dire que je ne connais pas les paroles des huit autres. Je le les connais pas du tout. Je ne pourrais pas reconnaître deux mots de ces chansons.
Cette constatation, aussi triste soit-elle, est forte.
En décembre 2009, il y est fort probable que je quitte le Québec pour aller m’installer, avec ma petite famille, en Acadie.
D’ici là, je doute fortement que le sens de l’appartenance au Québec naisse en moi. Mais, malgré ce fait, j’aurai de merveilleux souvenirs de cette terre qui m’a adopté. J’y retournerai souvent.
Mais, en bout de ligne, je suis, et je serai toujours, un Acadien.
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