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Le pervers père vert perd le vert
Mise à jour le jeudi 19 juin 2008
Peut-on appeler cela une double allitération ? En tout cas, ça sonne comme un jeu de mots. Par contre, en entrée de jeux, c’est pour parler d’une situation alarmante. C’est bien pour dire, les chemins de l’enfer sont pavés de bonnes intentions et Dieu sait que les intentions étaient louables. (NDLR : Accouches bonhomme, de quoi vas-tu parler ?) OK OK OK, habituellement, le sujet du jour fait chanter les hommes et danser les femmes, mais pas cette fois-ci. On va parler alcool.

L’alcool commun est formé d’un mélange un composé fort simple : de l’eau et de l’éthanol. Ce que la plupart des gens font avec l’alcool, c’est de le boire pour en retirer un certain plaisir ou du moins ce que certains appellent plaisir. Dans certains cas, ça relève plus de l’intoxication. À l’extrême, ça peut causer des maladies du foie.

D’autres, comme les cuisiniers, s’en servent pour faire des sauces. Une des formes spectaculaires de l’usage de l’alcool est lorsqu’ils flambent un plat, par exemple des crêpes flambées. On réchauffe l’alcool dans une poêle, puis on y met le feu : pouf. Eh oui, l’alcool brûle. D’ailleurs, il existe des lampes à alcool.

C’est cet aspect combustible qui devient source de problème. Plusieurs pays, dont le Canada, veulent forcer l’usage de l’éthanol comme combustible pour les voitures. On veut qu’il y ait de 5 à 10 % d’éthanol dans l’essence. L’idée est bonne sous au moins deux aspects : l’éthanol produit moins de résidus toxiques que l’essence et on réduit le volume utilisé de pétrole qui est une ressource non renouvelable.

Le hic, c’est que lors des tests, l’éthanol utilisé provenait de déchets de l’industrie alimentaire. Donc, on donnait une deuxième vie à ces déchets. Ceci allait bien avec le credo vert : recycler-réutiliser-réduire. Toutefois, pour mettre 5 ou 10 % d’éthanol dans tout l’essence du monde, les déchets ne suffisent plus. Comme le maïs est une bonne source de fabrication d’éthanol, une part non négligeable des récoltes de maïs vont y passer. De plus, pour répondre à la demande et aussi parce que le prix du maïs monte, plusieurs cultivateurs vont changer leurs cultures : remplacer du blé par du maïs, par exemple. L’autre possibilité sera d’augmenter la superficie des champs de maïs, probablement au détriment des forêts.

Ces changements dans la production céréalière est en train de créer une catastrophe humaine dans plusieurs parties du monde. Par exemple, en Amérique du sud, l’emploi de la farine de maïs est beaucoup plus important qu’ici. Vous n’avez qu’à penser aux nachos et tacos qui sont à base de maïs. Le prix du maïs grimpe rapidement et continuera à monter vu la demande en combustible. Ceci crée une inflation monstre pour ces populations qui en général n’ont pas les gros salaires. Si la tendance se maintient, on peut même s’attendre à des flambées de violence lorsque les gens seront poussés à bout.

À défaut d’acheter du maïs, les gens achètent du riz, qu’ils importent de l’Asie. Par ricochet, l’augmentation dans la demande de riz fait monter les prix de cette denrée. Ce sera au tour de l’Asie de vivre avec une inflation de leur nourriture de base avec les conséquences sociales que cela peut causer.

Qu’en est-il du blé, qui est la céréale de base de l’Occident ? Là aussi, ça devrait monter mais comme on subventionne le blé, cela prendra un certain temps avant que l’on s’en aperçoive à l’épicerie. On ressentira probablement l’augmentation du prix de l’essence avant l’effet éthanol.

C’est juste pour dire, un changement qui a l’air si simple peut causer bien des séquelles.

Bonne semaine quand même.

Julien Chiasson - Chronique du jeudi
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