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Ma très chère Lili
Mise à jour le vendredi 30 mai 2008
Combien de souvenirs me sont venus à l’esprit en parcourant ta lettre ! Cela m’a rappelé toutes les cartes postales que tu m’as envoyées depuis les 12 dernières années ; tes pieds ont foulé bien des continents ! Je ne peux en dire autant puisque mes aventures tintines se limitent possiblement à deux bandes dessinées « Les cigares du Pharaon » puis « Tintin et les Picaros ». Parallèlement, c’est drôle combien nos cheminements de vie se sont toujours suivis. D’abord à Moncton, puis à Ottawa et ensuite il y a quelques mois, on se baladait au Ikea à Edmonton. Ironiquement, tu m’apprends que ton nouveau prince a du brayon dans le sang alors que le mien ne pourrait jamais cacher son acadienneté !

À savoir si les Brayons sont Acadiens, voilà un éternel débat. Mais toi… pourquoi vouloir visiter la république du Madawaska ? Si tu vises le dépaysement, tu seras ravie : il est total ! Je t’avoue même que j’éprouve tout plein de sentiments mitigés lorsque je retourne au pays des Brayons. Que penses-tu de l’accent mal-aimé des Brayons ? Es-tu capable de dire « Olé c’t’èffraiyable » sans rire ? Si oui, tu gagnes deux points ! Embrayons d’l’avant nos gens, tasse toé mon typique, y vas fére frette à soir, rajoute une bûche de plusse dans l’poèle sinon tu vas geler c’te nuitte ! Je te mets au défi de trouver l’expression brayonne qui veut dire : « N’avoir aucune chance de réussite ». Voici un indice : Si tu veux dire d’un candidat aux élections municipales qu’il n’arrivera jamais à l’emporter sur son adversaire tu n’as qu’à dire : « Son chien est mort ».

Si tu penses t’établir dans cette république, il y a une chose que tu dois savoir. Tu dois à tout prix éviter le centre-ville brayon car l’odeur de l’usine de pulpe et papier pourrait facilement faire mourir ton chien. Je n’arrive pas à saisir comment les gens font pour aller marcher là. Je te conseille plutôt un quartier montagneux comme celui où mes parents ont choisi de s’établir. On appelle cette montagne le « calvaire ». Disons simplement que c’était une calvaire de côte à monter l’hiver durant les tempêtes comme à l’été à bicyclette. Et en terme de paysages, la Vallée du Haut-Saint-Jean a de tout à offrir ! Ses montagnes, ses vallées, ses rivières, la région est magnifique ! En ce qui a trait à ses habitants, tu connais déjà la chaleur et la générosité des Brayons, alors je n’ai rien à t’apprendre de ce côté.

Si on passait du côté historique maintenant ? On dit parfois des Brayons qu’ils sont en quête de leur identité. Ce n’est pas totalement faux. Collés à la frontière des Etats-Unis et plus au Nord à la frontière du Québec, l’emprunt aux autres cultures est inévitable. Ça fait partie de notre charme, pas vrai ? Sur une autre note, je dois te faire une confidence. Dernièrement, notre province natale me déçoit énormément. Du haut de tes montagnes albertaines, tu as possiblement appris que nos élus néo-brunswickois semblent commettre bévues après bévues en ce qui a trait à notre langue chérie. D’abord la saga sur l’immersion précoce, ensuite les régies de la santé et quoi d’autres encore ? Dis-moi, si ma mémoire est bonne, notre premier ministre Graham n’est-il pas un ancien enseignant ? Pourtant l’anglo qu’il est, forcé à apprendre le français alors qu’il était adulte, ne connaît-il pas les bienfaits de l’exposition en bas âge à une seconde langue ? « J’sais right pu quossé dire »…

Et il faut dire que l’Acadienne en toi sera ravie d’apprendre que les Brayons savent fêter. La Foire Brayonne tu connais ? C’est effectivement là que tu pourras y apprendre la danse du parking ! Mets tes vieux snicks parce qu’ils vont sentir le pipi mélangé à la bière, par exemple !!!

Je n’arrive pas à croire que tu as entendu parler de notre pèlerinage hebdomadaire. Le but est simple : Traverser la frontière américaine et donner deux réponses, peu importe l’ordre. Il suffit de répondre : « Just in town » et « Nothing to declare ». Ça devient surtout drôle lorsque l’agent demande : « Where are you going » ? À quoi par manque d’attention on peut répondre : « Nothing over ». Et à la question : « Anything to declare » ? On répondait : « Just in town». Si tu veux des directives pour t’y rendre, il suffit de longer la rivière et de te diriger vers le pont vert aux deux tons. Oui, oui, les Canadiens et les Amaricains ne peuvent pas s’entendre sur la couleur de peinture… Est-ce que ça te surprend ? Donc en plein milieu du pont, là où l’on distingue la frontière canadienne de celle américaine, on voit une démarcation dans la peinture. Dis-moi, vert pomme, vert lime ou vert céleri ?

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