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C’est parti!
Mise à jour le lundi 08 septembre 2008
Par: Desjardins, Luc
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L'enjeu de cette élection, du moins au point de départ, semble être de savoir si les libéraux de Stéphane Dion vont suffisamment monter pour maintenir un gouvernement minoritaire conservateur (Photo : La Presse canadienne, Adrian Wyld).
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Bon lundi! L’inévitable élection est déclenchée. En se rendant chez la gouverneure générale, Michaëlle Jean, le premier ministre Harper devenait le premier chef d’un gouvernement minoritaire à demander la dissolution de la Chambre des communes sans avoir au préalable perdu la confiance de celle-ci. Aucun vote n’est survenu. Quoique, il faut bien se rendre à l’évidence, les trois autres partis n’étaient plus intéressés à faire durer le supplice. Ils avaient tous annoncé que leur appui au gouvernement minoritaire conservateur avait frappé un mur. Au lieu d’attendre l’inéluctable et donner à Stéphane Dion le beau jeu de couler son gouvernement, Harper a préféré garder l’initiative et choisir lui-même la date des élections. Même si, ce faisant, il allait à l’encontre de sa propre loi sur les élections fixes.Mais ce n’aura pas été la première fois que Harper dévie de ses promesses de probité, de respect de la démocratie et tout le bla-bla de rectitude politique populiste qu’il préconisait du temps qu’il occupait les banquettes de l’opposition. Son parti est un agrégat de sympathisants de la droite, tout particulièrement la branche des réformistes de Preston Manning, devenus les alliancistes de Stockwell Day, lesquels faisaient des gorges chaudes de la réforme du système parlementaire. Pour redonner au peuple plus de place dans le système politique. Pour éviter la trop grande mainmise du pouvoir dans les mains de quelques technocrates rassemblés autour du Bureau du premier ministre. Leurs principaux chevaux de bataille étaient l’élection des sénateurs, le rappel des députés, les élections à date fixe afin d’éviter la manipulation malsaine du parti au pouvoir. Tout ça pour améliorer la démocratie représentative et redonner au peuple un plus grand contrôle des affaires publiques. Mais ça, c’était le Harper de l’opposition. Devenu premier ministre, il a tôt fait de pécher, comme les autres avant lui, et il a très vite bafoué tous ces beaux grands principes. À commencer avec la nomination du libéral David Emerson dans son premier Cabinet. Pas aussitôt élu sous la bannière libérale, ce ministre du gouvernement Martin traverse la Chambre et accède, par la grande porte d’en arrière, au Cabinet conservateur. Comme respect du voeu des électeurs de la circonscription de Vancouver Kingsway, on repassera. Ces mêmes conservateurs qui avaient traité la transfuge Belinda Stronach de tous les maux - et pire encore - font le même tour de passe-passe dès qu’ils sont élus.Mais cela n’arrête pas là. Le grand défenseur d’un Sénat élu et de la revalorisation des députés n’hésite pas à nommer Michael M. Fortier au Sénat afin de le faire accéder au Cabinet. Il sera ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, ce ministère qui s’occupe des contrats gouvernementaux. Bien campé au Sénat, Fortier n’aura pas à répondre de l’administration de son ministère devant la Chambre des communes. Comme modalité de valorisation du rôle des députés, on aura vu mieux. Quant au Sénat élu, ici encore on repassera. Puis, il y a la question des élections à date fixe. Dans leur élan de réforme des mécanismes électoraux, les conservateurs s’opposent à ce que le gouvernement en place puisse déclencher une élection lorsque cela sert le mieux les intérêts du parti au pouvoir. C’est antidémocratique, disent-ils. Pour régulariser le tout, ils proposent un système d’élection à date fixe, tous les quatre ans. De cette façon, le parti au pouvoir ne pourra plus manipuler les électeurs en choisissant une date d’élection qui l’avantage. Ici, encore une fois, Harper dit... et se dédit! Contrairement à la loi qu’il a lui-même fait adopter, il déclenche des élections à ce moment-ci afin de profiter du contexte favorable. Sans même avoir perdu la confiance de la Chambre des communes. On n’en est pas à une volte-face près avec nos élus. Et ce virement de capot n’est pas l’apanage des conservateurs. Qui ne se souvient pas de la promesse d’abolition de la TPS par Jean Chrétien à l’élection de 1993? Ou plus loin encore, la promesse de Pierre Trudeau de ne pas imposer un contrôle des prix et des salaires à l’élection de 1974. Après avoir ridiculisé durant toute la campagne électorale la promesse d’un tel gel faite par le chef progressiste-conservateur, Robert Stanfield, Trudeau fait volte-face un an plus tard et impose la même médecine à l’économie canadienne. C’est ce genre de politique-girouette, à la Harper cette fois-ci, qui accrédite le cynisme des électeurs. Lorsque les politiciens disent une chose, et font son contraire, c’est non seulement eux qui se couvrent de ridicule, c’est nous tous qui sommes floués. * * * L’enjeu de cette élection, du moins au point de départ, semble être de savoir si les libéraux de Stéphane Dion vont suffisamment monter pour maintenir un gouvernement minoritaire conservateur. Ou s’ils vont s’effondrer, victimes du morcellement du vote de centre-gauche entre eux, les néo-démocrates et les verts, et ainsi permettre l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire. En fait, la population canadienne en a-t-elle marre d’un gouvernement minoritaire ou est-elle prête à donner les coudées franches à Stephen Harper et sa gang? Je n’en sais rien. Mais je garde à l’esprit cet adage de Lord Acton: "Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument". Et bonne semaine!
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